« Aux sources de l’utopie numérique » de Fred Turner, traduit chez C&F éditions, est vraiment un des ouvrages qui m'a le plus étonné et appris en matière de numérique.

Il rappelle que l'internet n'est pas qu'une histoire d'universitaires et de militaires, mais est très fortement imprégnée de la vision communaliste hippie : transformation du monde social par la transformation de soi et l'utilisation de technologie de "petite échelle", comme l'ordinateur personnel ou le LSD.

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Il rappelle aussi l'influence considérable qu'a eu la cybernétique et la pensée systémique a eu une influence tant sur la recherche militaire que sur les modes d'organisation des hippies : le monde, à toutes les échelles (société, communauté, individu), est pensé comme un gigantesque système d'information interconnecté par des liens invisibles qu'il s'agit de révéler ; avec le côté méta que pour transformer le monde, il faut transformer l'individu à petite échelle.

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Ce que je n'avais pas bien vu auparavant, c'est que cette vision fait complètement l'impasse sur les inégalités en tout genre et sur la lutte des classes.

Même si depuis le début, ce sont des valeurs « humanistes » (abolition des hiérarchies classiques et de la bureaucratie, accès au réseau pour tout·es, absence de censure, célébration du lien entre les êtres humains...), ça masque une vision technophile naïve et très libertarienne du monde.

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La notion de « d'horizon » électronique (d'où l'EFF) fait appel à l'imaginaire d'un territoire vierge à conquérir, comme les terres vierges de l'ouest américain, avec cette vision de l'entrepreneur du numérique nomade, sans hiérarchie, flexible, libre, curieux, inventeur, pluri-disciplinaire, artiste...

Finalement, beaucoup de grands noms du numérique, anciens hippies, se sont mis à conseiller des grands groupes dans l'espoir (sincère ou non ?) de changer la société de l'intérieur.

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Je trouve intéressant que l'on retrouve cette rhétorique cybernétique et universaliste chez la majeure partie des géants du numérique aujourd'hui.

La Silicon Valley a hérité (je ne sais pas si mes mots sont justes...) d'un libéralisme « de gauche », bien plus pernicieux à critiquer.

Mais ce sont aussi ceux-là (et nombre de défenseurs de l'open-source) qui ont œuvré pour la dérégulation des marchés et la privatisation.

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Je ne sais toujours pas s'ils y croyaient vraiment.

Ce qui est sûr, c'est que se draper dans des racines contre-culturelles est à la fois très plaisant pour l'égo et redoutablement efficace d'un point de vue rhétorique.

C'est un peu triste de voir cette évolution mais c'est riche d'enseignements : le libéralisme tue, même avec de bonnes intentions.

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