« Comment j'ai survécu aux yakuzas de Kyoto. »
Un thread avec du suspense, de la vapeur, mais sans shampooing.
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Après une journée à suer par 39° aux quatre coins de Kyoto, j'ai pensé exactement à la même chose à laquelle n'importe quel japonais aurait pensé dans pareille situation, et je me suis dit : « tiens, après cette journée à suer par 39° aux quatre coins de Kyoto, et si j'allais me rafraîchir dans un bain à 44° ? »
Et hop, me voici avec mes sandales et ma serviette en quête d'un sento.
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Parenthèse pour le suspense : après bientôt un an au Japon, je fais comme n'importe quel Japonais, et je me promène en permanence avec ma mini serviette dans l'hypothèse (loin d'être improbable) où j'aurais une soudaine envie d'aller au sento du coin, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il fasse 39°. Parenthèse fermante.
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Le sento du coin est à 30 mètres facile de l'hôtel, on a connu plus près mais je fais avec. Je mets mes sandales dans le casier à grosse clé en bois comme tout bon sento, j'achète mon ticket au distributeur de tickets comme dans tout bon sento (cash only, on est au Japon), je n'achète pas de serviette car je me promène toujours avec, j'entre chez les hommes (pro tip pour les touristes : 男), je me déshabille et je vais me laver comme dans tout bon sento.
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Et là ça commence mal parce qu'il n'y a ni gel douche ni shampooing dans le sento, alors qu'il y en a dans (presque) tout bon sento, et les Japonais voient d'un mauvais œil les gens qui se lavent sans shampooing. Alors je fais de mon mieux et je fais semblant : lavage, shampooing sans shampooing, rinçage, après-shampooing sans après-shampooing, rinçage, et hop, le tour est joué. Et pareil pour le lavage du corps sans gel douche.
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Je peux enfin aller faire trempette dans un bain à 44° fumant aussi fort que moi toute la journée par 39°.

Tranquille. 🥵

Je commence à bouillir comme une écrevisse dans sa marmite. (Bref, le rêve après une journée à griller par 39° aux quatre coins de Kyoto.)

Alors que je m'approchais de la cuisson idéale, quatre yakuzas débarquent dans mon bain.
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Je ne veux surtout pas tomber dans les travers des préjugés japonais qui pensent que tout minuscule tatouage (genre « pour maman 💘 » sur l'épaule) signifie nécessairement appartenance à la mafia japonaise.

Mais là, avec le corps tatoué des chevilles au cou avec des tas de dragons et de kanjis, le doute n'était pas franchement de rigueur.

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Après, évidemment, je n'ai pas poussé mon étude outre mesure, me disant que dévisager avec trop d'insistance le corps nu de quatre yakuzas dans leur bain tout droit d'un film de Kitano risquait de me coûter une invitation qui ne se refuse pas à aller boire illico un thé macha chez Boss Takeshi, sans compter que je suis nu et qu'il pourrait bien estimer que j'en ai une plus grosse que lui, et alors couic. Ouch.
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Bref, pour défendre l'atmosphère j'ai pris un air aussi détendu que quelqu'un qui ne serait pas en train de prendre son bain à 44° avec quatre yakuzas tatoués des chevilles au cou, et j'ai siffloté Au clair de la lune.
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Après je me suis dit que, comme j'avais déjà pas de bol de me retrouver dans un sento qui fait aussi repère de yakuzas, j'avais peut-être encore moins de bol et que Au clair de la lune était peut-être justement le code de la police de Kyoto déclenchant un raid contre un sento infesté de yakuzas, code évidemment connu de tout yakuza.

Bref, j'ai arrêté de siffloter et je suis sorti du bain pour aller dans le bain d'à côté.
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Évidemment le bain d'à côté, c'était le bain glacé et je me suis dit que sortir en hurlant risquait de faire louche et de m'attirer des ennuis, genre une invitation à un macha chez Boss Takeshi, donc je suis entré dans le bain glacé en hurlant intérieurement, en restant extérieurement aussi impassible que quelqu'un qui ne serait pas en train d'entrer dans un bain glacé à 15° alors qu'il fait 39° dehors et que quatre yakuzas vous surveillent avec le regard en coin dans le bain d'à côté.
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Après un temps que j'ai estimé le minimum pour ne pas faire louche, et néanmoins suffisant pour paralyser les trois quarts de mon corps, je suis ressorti en grelottant avec l'air décontracté de quelqu'un qui ne sortirait pas d'un séjour prolongé dans un bain glacé avec quatre yakuzas qui vous observent du bain d'à côté, et je suis reparti me doucher.
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Évidemment, je n'avais toujours pas de shampooing, alors j'ai refait semblant, shampooing sans shampooing, rinçage, après-shampooing sans après-shampooing, rinçage, tout en grelottant et en sifflotant Au clair de la lune, et en priant pour que Boss Takeshi ne proteste pas contre mon hygiène défaillante de gaijin en m'invitant boire un macha qu'on ne refuse pas.
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Finalement, je suis sorti, me suis essuyé à toute vitesse, me suis rhabillé, au diable le T-shirt à l'envers, j'ai retrouvé mes sandales et je me suis rué dans la rue en faisant floc-floc, et en trouvant pour la première fois de la journée que 39° c'était quand même pas si mal quand on sortait d'un bain glacé, et surtout qu'on avait évité un thé macha chez Boss Takeshi à l'issue incertaine.
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@unbretonaujapon De leur côté, le thread équivalent des 4 yakuzas :

"On a été prendre un bain c'était cool mais il y avait un français bizarre du coup on a pas osé bouger."

@kjeurbechne
*Un Breton

(Confusion de nature à démarrer une guerre des gangs sanglante entre la mafia japonaise et la mafia bretonne de Kyoto)

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@kjeurbechne
Et le chef breton fait manger un kouign amann aux yakusas. Fin de la guerre.
@unbretonaujapon

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Et ils finissent tous autour d'un banquet après avoir pendu le barde
@unbretonaujapon

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