Le 2 octobre 2020, 18h15, je rentre de la gare en vélo. J'avertis de ma présence le piéton sur mon chemin. Il me laisse la place qu'il reprend aussitôt. Pour l'éviter, lui et sa valise à roulette, je freine un peu trop de l'avant. Je fais un beau soleil. Je me trouve la tête dans le sol. La main gauche douloureuse et la couture du gant est entrée sous l'ongle de son index. Le menton et la lèvre supérieure sont coupés ! Le gamin s'excuse de ne pas m'avoir entendu !

Normal avec #@!+& de casque audio dans les oreilles ! S'isoler c'est aussi être un danger pour les autres.
Le kilomètre qui me sépare de ma maison se fait à pied.
Devant mon incapacité à prendre seul une douche, je téléphone aux secours. La répondante me reproche mon inaptitude à la conduite et/ou mon célibat ! 1 heure après mon appel, les pompiers arrivent toutes sirènes hurlantes. La main m'est très douloureuse, on pense à une fracture, allez .

Le temps du trajet, le Code de la route est oublié ! À l'hôpital, je suis posé dans un fauteuil roulant ! Hein ? Quoi ?!? mais c'est la main qui est en vrac, pas les jambes ! Salle d'attente, 3 personnes y sont déjà. Il y a un homme, 75 ans certainement, qui, avec son masque, protège son menton plus que ses voies respiratoires. C'est vrai qu'aux urgences, l'air y est plus sain qu'ailleurs !!

Je patiente en envoyant des SMS à l'ami qui devrait venir me chercher. Arrive une femme qui semble souffrir d'une double fracture tibia-péroné. Cela ne l'empêche pas de souhaiter fumer dehors et de ne pas revenir. Ce n'est pas sa première facture, dit-elle, et ne veut pas rester à l'hôpital. C'est certain qu'après 2 dodos, ta jambe, là en Z, sera toute belle !!!
Une bonne heure après, je passe au niveau supérieur : l'auscultation !

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Je montre menton et doigts. Aucun traitement à cette étape, je dois passer à la radiographie. Attente ! Je suis rattrapé par la jambe en Z, elle est auscultée dans la pièce fermée que je viens de quitter. Du couloir où j’attends, je l’entends crier et pleurer qu'elle a perdu sa mère et son père à l'hôpital il y a 2 ou 3 ans et qu’elle ne veut pas rester dormir à l’hôpital pour se faire soigner le lendemain.

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En face de moi, dans une salle à la porte ouverte, une femme attend. Le médecin la quitte à recherche d'une pince coupante pour retirer de sa bouche la tige métallique de son appareil dentaire que son connard de mec a dessoudée en cognant sa femme.

Niveau suivant : la radio ! Il est environ 22h30, j'attends… encore. Là, arrive un enfant de 6 ans intubé. Il me semble bien plus serein que sa mère ! Quelle force !
Sur le brancard, une femme accidentée de la route à 16h attend son tour ! Malgré ma demande de passer après elle, je la double !
Fin de la radio, elle ne montre aucune fracture, chouette !

Retour pour suturer le menton et soigner le doigt. Le médecin à la cherche d'une pince coupante arrive avec un agent de sécurité qui porte l'outil magique. L'outil qui, la veille encore, devait soigner du grillage doit maintenant délirer cette pauvre femme ! Le médecin demande à l'agent de retirer la tige : "Attendez" lui répond-il, "ma pince n'est pas stérilisée et est trop grosse" !! La femme conservera sa tige, l'agent sa pince et le médecin tout mon doute sur ses capacités !

À mon tour de passer sous les doigts experts de mon médecin préféré !
Il me pose la main douloureuse sur la table, fait 14 allers-retours pour récupérer le nécessaire à l'opération. S'installe, regarde les dégâts et constate qu'il n'a pas protégé sa #{($*ù de table. Même si cela est assez douloureux, je change de position pour qu’il pose sa protection. Top organisation !

Bob le bricoleur me nettoie l'extrémité de l'index, pose une gaze puis une bande qui repositionne, sous l'effet conjugué de la gravité universelle et de la maladresse du soignant, la gaze sous la blessure, laissant la cicatrice se soigner avec la bande ! Observant le résultat, il m'invite à passer entre les mains d'une infirmière pour refaire le pansement qu'il a été incapable de faire ! Je refuse, un soir de cuite, seul, je pourrai faire mieux que lui !

Le menton maintenant ! Il m'annonce 5 points de suture ! Après avoir testé son habileté sur le doigt, j'ai peur. Nettoyage, anesthésie et piqûres.
Malgré l’anesthésie, je sens le fil traverser la peau. Le boucher tire tellement que je ne peux que suivre le mouvement de son geste de peur que la couture cède. 7 points, il m'en aura collé 7, le bougre ! Le carnage est terminé. Je quitte la salle de classe CAP boucherie, une infirmière se propose de me refaire le pansement.

Je décline la proposition bien que son regard me paraisse bien plus bienveillant que le collégien option couture.
Il est à peine 1h du matin, l'ami qui doit venir me chercher ne décroche pas son téléphone. Il s'est endormi 5 minutes avant, me dira-t-il plus tard ! Par téléphone, toujours, je réveille un taxi qui refuse la course, les 3 autres ne répondent pas ! Je reste bloqué à 25 Km de chez moi, je squatte donc, au chaud, la salle d'attente des urgences.

Il est environ 2h, le compagnon de la jambe en Z demande ce qu'il doit faire de sa femme qui ne veut pas rentrer aux urgences. L'infirmière lui répond qu'elle ne peut pas forcer une personne à se faire soigner si elle ne veut pas et qu'il peut rentrer chez lui avec.
- "j'vais pas rentrer avec ça, elle ne fait que gueuler !"
- "Alors, laissez-la-nous !"

5 minutes après, l'homme, la jambe en Z et son fauteuil roulant reviennent. L'homme qui a dû s'être fait pourrir toute la soirée par sa femme, lui passe un bon gros savon ! Il repartira sans son boulet.
Un homme déboule dit être passé aux travers d'une vitre, il a le bras en sang. C'est impressionnant !
Je passe les détails du type qui insulte tout le personnel soignant, aucun intérêt !

Vers 5h, 2 sœurs arrivent avec leur père, 70 ans environ. Il présente des signes de démence, préviennent-elles. Chacune à tour de rôle, elles lui remettent correctement le masque qu'il descend dès qu'elles ont le dos tourné. C'est lui le plus jeune du trio.

6h45, mon pote, par SMS, me demande comment je vais. Il faut que j'insiste pour qu'il comprenne que je suis encore aux urgences. Il vient quand même me chercher, tout désolé et pas lavé qu'il est. À l'aube, les conséquences de la nuit blanche, le sang sur le cou et sous le nez et la main bandée, je dois faire plus peur que d’habitude !

Les soins du doigt ont été rectifiés par une infirmière libérale. À ce jour, 7 mois après, le doigt n'a toujours pas recouvré sa souplesse d'antan. La main est toujours gonflée et pourtant je ne retournerai pas aux urgences !

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