“Un entrepreneur américain apprend 18 ans plus tard qu'il a échappé à la faillite grâce à un magazine français !” derrière ce titre un tantinet exagéré et résolument putassier se déroule un fil au rebondissement saugrenu, rebondissement dont je fus témoin…
Un fil…
Non attendez. Retour arrière. Permettez-moi de commencer plus tôt.
Il y a 18 ans, l'accès à la musique en ligne oscillait entre Charybde et Scylla, entre la piraterie et les DRM.
Pour rappel, les DRM (ou GDN en Français) sont aussi stupides qu'une casserole en papier crépon : ils reviennent à protéger un coffre avec un code dont la combinaison serait écrite au jus de citron sur un papier collé au-dit coffre…
Mais je m'égare.
En 2005, toute la musique vendue par Apple sur iTunes est encore “protégée” par le DRM “FairPlay”.
En théorie donc, il est impossible de copier de la musique achetée sur iTunes.
Sauf que.
La société Rogue Amoeba
distribue le logiciel Audio Hijack qui permet de “brancher” la sortie audio de n'importe quel logiciel vers l'entrée audio de n'importe quel autre. Fonctionnalité anodine mais indispensable pour tous les professionnels du son…
Mais qui permet également de “sortir” une musique protégée d'iTunes pour la faire “entrer” dans un logiciel d'enregistrement et ainsi supprimer la protection DRM, ouvrant ainsi une brèche aux clients honnêtes (ils ont payé) mais libertaires (ils veulent choisir leurs logiciels).
À ce moment, la RIAA, qui défend les intérêts des ayants-droits, fait l'acquisition d'une licence d'utilisation Audio Hijack et on l'imagine surveiller tout ça comme du lait dans une casserole en papier crépon sur le feu…
Chez Rogue Amoeba on a vu passer la commande effectuée par la RIAA on on sent chaque jour l'épée de Damoclès se rapprocher, la sanction semblant devenir inéluctable, le pire étant à venir…
Et puis… Rien.
Rien pendant 18 ans !
Jusqu'à ce jour de 2023 où Le Podcast Magazine publie l'entretien que j'ai réalisé avec Adam Carry et Dave Jones. Et pour des questions d'accessibilité aux non-francophones, je publie une version en Anglais sur le blog de @Castopod .
Lors de cet entretien, je mettais en lumière la révolution “Podcasting 2.0”, révolution initiée par mes invités, en partant des origines du Podcast, dont Adam Curry avait été l'un des acteurs les plus actifs, tout en démystifiant les rumeurs qui circulaient jusqu'alors.
J'avais par exemple entendu dire qu'Adam Curry avait un jour décroché son téléphone pour entendre Steve Jobs “himself” lui déclamer : “C'est Steve à l'appareil. Hey Adam, c’est une copine à moi qui m’a dit que t’avais un index de podcasts, allez, Adam, quoi, dis-moi Oui !”
Bien sûr, tout est faux. Enfin, presque tout. Adam Curry a bien rencontré Steve Jobs. Il lui a bien demandé son index de podcasts. Mais il lui a aussi demandé son avis sur Audio Hijack, la RIAA exerçant des pressions sur Apple pour le faire interdire.
Adam Curry a donc expliqué que Audio Hijack était indispensable pour quiconque travaille dans le monde du son.
Réponse de Steve Jobs :
Imaginez alors Paul Kafasis, fondateur de Rogue Amoeba, tombant sur le récit de cet entretien, puis tomber d'une chaise qui ne cesse de monter depuis 18 ans, en apprendre ici que tout s'est joué dans son dos.
Il n'avait aucune idée de ce qui s'était joué alors !
Il a d'ailleurs écrit un article pour exprimer sa surprise en racontant l'histoire de son point de vue :
https://weblog.rogueamoeba.com/2023/03/24/the-riaa-v-steve-jobs/
L'entretien complet (en Anglais) avec @adam et @dave est disponible ici :
https://blog.castopod.org/the-podfather-2-0-the-pioneers-strike-back/
Et l'anecdote a été reprise par quelques médias spécialisés…